Palmomètre 2006

Chaque année, je regarde les films de la Sélection officielle cannoise de l’an passé. J’essaie aussi de regarder une sélection d’une année plus ancienne. Ça fait tout de même plus de 10 ans de festival cumulés et je me suis dit qu’il serait intéressant de vous partager mes classements et, qui sait, vous faire bookmarker quelques pépites oubliées !

Parés pour le palmomètre de l’édition 2006 ?

Palmarès officiel

  • Palme d’or : Le vent se lève de Ken Loach
  • Grand Prix : Flandres de Bruno Dumont
  • Prix du jury : Red Road d’Andrea Arnold
  • Prix de la mise en scène : Alejandro González Iñárritu pour Babel
  • Prix du scénario : Pedro Almodóvar pour Volver
  • Interprétation féminine : Penélope Cruz, Carmen Maura, Yohana Cobo, Lola Dueñas, Blanca Portillo et Chus Lampreave pour Volver
  • Interprétation masculine : Jamel Debbouze, Samy Naceri, Roschdy Zem, Sami Bouajila et Bernard Blancan pour Indigènes

Jury : Wong Kar-wai (président), Monica Bellucci, Helena Bonham Carter, Samuel L. Jackson, Patrice Leconte, Lucrecia Martel, Tim Roth, Elia Suleiman et Zhang Ziyi

Mon visionnage pour cette édition est tout récent car il date du début d’année. À noter que sur les 20 films en compétition cette année-là, j’en avais déjà préalablement vus 8, ce qui m’a simplifié la tâche.

20ème : Selon Charlie

Nicole Garcia (France)

3/10

Ce film choral est un peu particulier car je n’ai pas vu la version présentée à Cannes. En effet, suite aux retours désastreux du film sur la Croisette, celui-ci a été amputé d’un segment (celui mettant en avant le personnage d’Arnaud Valois, jeune acteur revenu sur le devant de la scène l’an dernier grâce à 120 battements par minute  – et qui est celui qui m’aurait sans doute le plus intéressé car son personnage est un joueur de tennis qui tranche avec les autres profils).

Le film, malgré son casting quatre étoiles, reste un plantage monumental. Grandiloquent et mollasson, il ne parvient ni à lier les destins de ses nombreux personnages ni à les développer individuellement.

19ème : Babel

Alejandro González Iñárritu (Mexique)

5/10

Encore un film choral, cette fois-ci en trois parties : Maroc (avec Brad Pitt et Cate Blanchett), Mexique (avec les enfants du couple) et Japon (avec une jeune fille sourde-muette).

Iñárritu produit de très belles images mais peine à être convaincant sur la durée. Les trois histoires résonnent peu entre elles (le segment japonais paraît totalement isolé). Il a (comme ça lui arrive souvent à mon goût) la main lourde sur le misérabilisme. Si les personnages parviennent à transmettre des émotions, au final, le film échoue à raconter une histoire.

18ème : Les Lumières du faubourg

Aki Kaurismäki (Finlande)

5/10

Kaurismäki a un style visuel très personnel : des plans fixes, colorés, parsemés d’angles et de lignes verticales. Idéal pour un film noir. Reste qu’à part la mise en scène de Helsinki comme un tableau d’Edward Hopper, c’est un tout petit film noir : court, classique et assez faible en enjeux.

17ème : Flandres

Bruno Dumont (France)

5/10

J’aime bien Bruno Dumont et ses love stories déglinguées. À cet égard, toute la partie du film se déroulant en Flandes m’a plu (ça tombe bien, c’est le titre du film). En revanche, la partie se déroulant dans un pays imaginaire du Sahel, en forme de film de guerre ultraviolent, n’arrive pas selon moi à dépasser le simple constat et à se démarquer des autres films du genre.

16ème : En avant, jeunesse !

Pedro Costa (Portugal)

5/10

Le film de Pedro Costa est un bel exemple de radicalité : 2 h 40 de plans fixes et de monologues dans des HLM de Lisbonne. Il se dégage une atmosphère assez incroyable, parfois hypnotique. Reste un discours assez froid et premier degré qui ont provoqué chez moi un ennui poli.

15ème : Les Climats

Nuri Bilge Ceylan (Turquie)

6/10

Une petite histoire d’amour sans prétention, sorte de pendant mélancolique à Before Sunrise. Les personnages, la photographie et une scène pivot font le travail malgré quelques scènes en-dessous (celle de la moto par exemple) et un propos un peu attendu.

14ème : Le vent se lève

Ken Loach (Royaume-Uni)

6/10

Sur le papier, Le vent se lève est mon film préféré de la sélection, ayant une passion dévorante pour l’histoire de l’indépendance irlandaise. Dans les faits, le film peine à avoir du souffle et le message est asséné sans subtilité. Reste l’idée du destin croisé des deux frères qui marche bien.

13ème : Volver

Pedro Almodóvar (Espagne)

6/10

Volver, c’est avant tout une galerie de personnages féminins hauts en couleur. Le sujet est assez lourd (le meurtre d’un violeur), intéressant, mais parfois noyé dans d’autres fils narratifs sordides (cancer, émission télé…) qui l’étouffent un peu et lui empêche d’atteindre sa pleine mesure.

12ème : Buenos Aires 1977

Israel Adrián Caetano (Argentine)

6/10

Un film sur les enlèvements politiques en Argentine (sujet nécessaire). Le dernier tiers (sur l’évasion) prend aux tripes. En revanche, je trouve que la mise en scène de l’enfermement est un peu affaiblie par un traitement visuel faisant penser aux films d’horreur par sa multiplication d’effets. La violence déployée est tellement crue que la souligner ainsi ne fait paradoxalement que l’affaiblir.

11ème : Fast Food Nation

Richard Linklater (États-Unis)

6/10

Linklater livre l’un de ses films légers dont il a le secret. Sur le sujet de la malbouffe, il n’est au final qu’esquissé même certains plans sont saisissants (les élevages bovins intensifs par exemple).

10ème : Quand j’étais chanteur

Xavier Giannoli (France)

6/10

Le film commence dans un univers populaire, un peu hors du temps, un peu pathétique. Une romance commence, portée par Cécile de France et Gérard Depardieu, tout en nuances. Le déroulé est un peu déjà vu mais le film se termine dans un joli moment de grâce. Peut-être un quart d’heure de trop mais plutôt réussi.

9ème : Southland Tales 

Richard Kelly (États-Unis)

6/10

Je n’ai pas la moindre idée de ce que Southland Tales raconte. C’est une dinguerie pop avec jumeaux policiers, faille spatio-temporelle, actrice porno sur le retour, dirigeable du futur et Christophe Lambert en vendeur de glaces cavalier de l’apocalypse. Long, étrange, parfois foudroyant, on a rarement vu ça, c’est donc à voir ! Puis The Rock, Justin Timberlake, Seann William Scott et Sarah Michelle Gellar en têtes d’affiche à Cannes, c’est intrigant, non ?

Je regrette de ne pas avoir vu le cut cannois en tout cas, il était 15 minutes plus long et les effets spéciaux n’étaient pas tous finalisés. Ça devait être une sacrée expérience.

8ème : Une jeunesse chinoise

Lou Ye (Chine)

6/10

En termes de réalisation, Une jeunesse chinoise a des fulgurances. Le film, assez long, est porté par son caractère provocateur et une sensation d’urgence qui prend aux tripes… dans la première partie. Après l’ellipse temporelle, le film se délite presque entièrement et devient le spectre du premier grand film sur la Chine moderne qu’il aurait dû être. Intéressant et important malgré (à noter que le film est censuré dans son pays).

7ème : La Raison du plus faible

Lucas Belvaux (Belgique)

7/10

Ce film de braquage met un peu de temps à démarrer, n’évite pas quelques grandiloquences mais l’écriture est en réalité assez fine : les personnages sont réussis et la fin est touchante.

La mise en scène est sobre et efficace.

6ème : Le Caïman

Nanni Moretti (Italie)

7/10

L’idée de faire un biopic en creux de Berlusconi pour brosser en un portrait de l’Italie contemporaine est intéressante. Le film est drôle, la mise en scène est vivifiante. Mon seul regret est que l’introspection du réalisateur finisse par prendre un peu trop de place au détriment du sujet. C’est une habitude chez Moretti mais pour une fois, je trouve que ça affaiblit son propos (peut-être parce que celui-ci est plus ancré dans le réel qu’à l’accoutumée).

5ème : Marie-Antoinette

Sofia Coppola (États-Unis)

7/10

Je ne suis pas forcément un aficionado de Sofia Coppola mais je dois reconnaître que ce film a su me cueillir. Le traitement visuel est original, les acteurs sont investis. Ce n’est pas un film historique conventionnel mais un portrait de femme réussi. Parfois trop chic pour son propre bien, mais charmant.

4ème : Indigènes

Rachid Bouchareb (Algérie)

7/10

Indigènes est un film de guerre de facture très classique mais un bon film de guerre : un angle intéressant, des personnages attachants et des affrontements nerveux. Par son histoire c’est même plus qu’un bon film, c’est une fierté.

3ème : Le Labyrinthe de Pan 

Guillermo del Toro (Mexique)

7/10

Un chef d’œuvre de traitement visuel dans lequel le conte fantasmagorique glace autant que la reconstitution historique. Je reste un peu sceptique vis-à-vis de la fin qui, pour moi, ne ménage pas assez l’ambiguïté réel / fiction qui porte pourtant le film tout du long.

2ème : Red Road 

Andrea Arnold (Royaume-Uni)

8/10

Le premier film d’Andrea Arnold est un coup de poing. Le scénario est malin et prend des chemins inattendus. Les personnages ne sont pas manichéens et portés par des acteurs faisant corps avec leurs personnages. La photographie est raffinée et saisit quelque chose de notre époque. Un film essentiel.

1er : L’Ami de la famille 

Paolo Sorrentino (Italie)

8/10

Je l’avais pas venir celui-là car à ce jour ce n’est clairement pas le film de Sorrentino dont on parle le plus. C’est un petit bijou d’humour noir porté par la performance Giacomo Rizzo qui compose un être dégoûtant en tout point. On retrouve les obsessions du réalisateur – protagoniste hors norme, une certaine tradition de cinéma italien, plans recherchés et inserts pop – qui se mêlent ici avec une efficacité redoutable. Le scénario pose beaucoup de questions qu’il laisse ouvertes. À découvrir absolument !

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