Starship Troopers, garde à vous !

La Cinémathèque est un endroit formidable pour découvrir ou revoir des classiques. Je n’ai pas pour habitude de revoir beaucoup les films mais il y a des exceptions : Starship Troopers en fait partie. À l’occasion de la rediffusion de ce film de science-fiction culte, je me suis dit qu’il serait de bon ton d’enfin lire le roman de Robert Heinlein dont le film est adapté, titré Étoiles, garde à vous ! dans la langue de Molière. Ce qui tombait bien puisque je l’avais dans ma bibliothèque depuis au moins 10 ans.

Si le film Starship Troopers n’a pas pris une ride, il est difficile d’en dire de même pour le roman dont il est tiré.

Le film et le roman suivent la même trame : un gosse de riches, Johnny Rico, décide contre l’avis de ses parents de faire son service militaire. Contrairement à ses amis, il n’est doué en rien et se retrouve affecté à l’infanterie mobile, les « vrais soldats » ou la « chair à canon » selon les points de vue. S’ensuit une instruction violente qui laissera la plupart des cadets sur le carreau (entre démissions et morts brutales). Puis c’est parti pour le grand combat contre l’ennemi : une menace extra-terrestre arachnide.

Au début du roman, Heinlein capture bien l’esprit d’un jeune homme en quête de masculinité, d’indépendance et d’adrénaline. Les rencontres avec l’officier de recrutement et le sergent-instructeur ne manquent pas de piquant. Rico souffre et il aime ça. Il aime son super exosquelette et dormir à même le sol contre ses petits camarades. L’univers dépeint par Heinlein est une sorte d’utopie militariste originale et attrayante. Jusqu’au chapitre 8 où, à l’aide d’une tractopelle, il commence à asséner des leçons de morale réacs entre autres sur le bien-fondé des châtiments corporels dans l’instruction ou de la peine de mort. Sans aucune subtilité, la menace arachnide est qualifiée de communisme abouti (le roman est sorti en 1959). Bref, le récit n’a plus grand intérêt : Rico découvre une école des officiers idéalisée et part pour une petite mission de routine sur la planète P, mission qui lui apprendra la valeur du sacrifice et le sens de la responsabilité qui incombe à un gradé. Fin.

Paul Verhoeven, le réalisateur du film avouera n’avoir lu que deux chapitres du roman avant de s’ennuyer ferme et de le refermer.

Starship Troopers sort en 1998, dix ans après la mort d’Heinlein. En raison d’un important turnover de décisionnaires à la production, Verhoeven se retrouve avec les mains libres sur le plateau et en salle de montage : il prend l’exact contre-pied du roman et réalise un film sur l’absurdité militaire.

Revoir le film vingt ans après sa sortie fut pour moi une expérience saisissante et l’occasion d’analyser la méthode déployée par le réalisateur hollandais. Quand j’ai vu le film la première fois – je devais avoir une douzaine d’années – Johnny Rico, campé par Casper van Dien, m’était apparu comme un modèle de héros classique (ce que j’affectionne particulièrement). En le revoyant aujourd’hui et en étant plus vieux que lui, c’est juste un petit con qui ne prend jamais de décision pour des bonnes raisons et qui a le cul bordé de nouilles. Denise Richards, la bêcheuse du lycée wannabe astro-pilote, passe son temps à sourire bêtement. C’est le premier axe de la parodie de Verhoeven : les personnages, sous des dehors héroïques, sont, tout à fait volontairement, l’anti-charisme incarné.

Le second axe, qui est le plus perceptible (impossible, malgré la surprise, de passer à côté même gamin), vient de la mise en scène. Tout est trop : les spots télévisés de propagande, les réactions des soldats, leur agonie sur le champs de bataille… Tout est appuyé juste ce qu’il faut pour créer le malaise et provoquer le rire. Le roman est parfois drôle, le film est accumule les moments de bravoure au premier, au second et au douzième degré (l’entrainement au lancer de couteau, les speechs de Michael Ironside…).

Mais Starship Troopers ne serait pas un chef d’œuvre s’il occultait la force du roman : être un actioner bas du front ! Des gros fusils, des vaisseaux spatiaux, des bagarres, des monstres, des bombes atomiques, des muscles, des bestioles, de la camaraderie sous les douches… Tout y est ! Et le production design et les effets spéciaux (du génial Phil Tippett) sont encore aujourd’hui incroyables. Pourquoi ? Parce que quand, parfois, les trucages se voient, ils ne sont que plus sympathiques. C’est là qu’intervient le troisième axe parodique du film : si Verhoeven reprend des dialogues du roman tels quels et porte d’une certaine manière son idéologie dans les paroles et les actes, il fait tout l’inverse à l’image. Toutes les valeurs militaristes glamourisées sont complètement désamorcées par l’image :

  • En dehors des héros, tous les soldats se font massacrer de la manière la plus grand-guignolesque qui soit.
  • La télévision passe son temps à montrer des charniers et compteurs de mort dont les chiffres explosent.
  • Petit à petit, tous les uniformes et les drapeaux évoluent pour se rapprocher de l’imagerie fasciste (chaque apparition de Neil Patrick Harris est un régal, il finit carrément déguisé en SS).

La parodie est tellement évidente et disruptive que certains sont totalement passés à côté à la sortie du film (et sans doute certains exécutifs du studio : on se demande comment Verhoeven a réussi à engloutir 100 millions de dollars dans une critique au vitriol de l’armée américaine).

Culte je vous dis !

Grâce à ce statut, le film a connu de nombreuses déclinaisons.

Tout d’abord, deux films live : Héros de la Fédération (2004), réalisé par Phil Tippett, qui est un huis clos se rapprochant de The Thing (sans grand intérêt) puis Marauder (2008), réalisé par Ed Neumeier (co-scénariste du premier film et collaborateur habituel de Verhoeven). J’ai de la sympathie pour ce dernier film dans lequel on retrouve Casper van Dien et dont le final est assez lovecraftien dans son genre. Est-ce un bon film pour autant ? Rien n’est moins sûr. Si le deuxième opus oubliait la dimension parodique, le troisième tente de la ramener mais manque de subtilité. Bref, tout cela est oubliable.

Citons également deux animes en 3D : Invasion (2012) et Traitor of Mars (2017). J’aime ce genre de curiosité à l’animation douteuse mais au visuel généreux. Pour autant, ce sont deux séries B bien sérieuses et sans grande originalité.

Concernant l’univers vidéo, il me reste à découvrir un anime méconnu de 1988 et la série 3D Roughnecks de 1999… avant un inévitable reboot !

Si cette lecture vous a intéressé, Wikipédia est très complet sur le roman et sur le film.

 

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