Predator 4(DX)

Bravant les critiques assassines, je suis allé voir le nouveau Predator… Et tant qu’à faire, je me suis dit que c’était une bonne occasion de le voir en 4DX pour (enfin) tester l’expérience (et en VF et en relief histoire de perdre tous les esthètes dès le premier paragraphe de cet article).

Il m’a semblé que le sujet du film était adapté au dispositif et honnêtement, je préférais ça à un Fast & Furious de 3 heures avec l’odeur d’essence en permanence. C’eut été trop extrême pour moi. Et si l’aspect « attraction » me distrayait du fond du film, au moins, je n’y perdrais pas grand chose.

En ce moment, il y a quelque chose dans l’air qui fait que les suites de classiques ne cessent de décevoir le public. Trop proche du matériau d’origine, on les trouve fainéantes (Star Wars : Épisode VII, Jurassic World, Alien Covenant). Trop éloignées, on crie à l’hérésie (Star Wars : Épisode VIII, Jurassic World: Fallen Kingdom, Prometheus). C’est dire que ce quatrième épisode de Predator, surtout après un troisième opus déjà fort décrié, avait fort à faire… et a visiblement échoué (33 % sur Rotten Tomatoes).

Il faut dire que le film est à contre-courant des attentes. Centré autour de quatre décors et d’une poignée de personnages, il ne joue clairement pas la carte de l’épique. Pire pour les fans de l’extra-terrestre qui collectionnent les figurines du monstre dans les poses les plus classieuses (colonne vertébrale à la main ou prêt à bondir avec ses lames acérées), le film tourne franchement le chasseur intergalactique en ridicule. Shane Black avait précédemment écorné l’icône Tony Stark dans Iron Man 3, ce qui n’avait déjà pas manqué de diviser à l’époque. Sur ce point, je me range sans peine de son côté car j’aime cette idée de ne pas se prendre au sérieux et j’ai toujours considéré la saga Predator comme une série de seconde zone. Je ne voue aucun culte au premier opus, je me contente d’apprécier chaque itération pour ce qu’elle est : un film d’action bas du front qui a son lot plus ou moins fourni d’idées amusantes. Mais s’il voulait se mettre les puristes à dos, il ne pouvait pas mieux s’y prendre. Amusant de voir Fred Dekker (réalisateur de RoboCop 3 qui n’avait pas fait grand-chose depuis) co-signer le scénario. Ça nous rappelle presque que c’est déjà un petit miracle que la saga soit encore sur grand écran.

Pour le reste, la force du film est aussi sa grande faiblesse. C’est un petit film, simple, anachronique, joyeusement bis, avec un casting B-list qui dénote dans le paysage cinématographique actuel. Je crois que c’est une bonne chose de retrouver cet esprit de série B qui a fait du premier épisode un film culte. Avec l’autodérision de Shane Black (qui n’est pas sans rappeler celle de McTiernan d’ailleurs, beaucoup de gens aiment le premier Predator sans en comprendre la farce) tout se passe pour le mieux : tant pis pour la trame générale à laquelle on ne croit pas une seconde, les scènes d’action cheesy ou les personnages gentiment caricaturaux. Tout ça n’est là que pour s’amuser. C’est sûr que ce n’est pas le Shane Black flamboyant de Kiss Kiss Bang Bang dans la précision des gags ni celui qui révolutionnait la comédie d’action avec L’Arme fatale mais on sait que le film a connu une gestation difficile et le résultat est honorable. Je peux reparler d’Aliens vs. Predator: Requiem pour étayer ce constat. Bref, un film mineur mais attachant comme seuls peuvent l’être les films mineurs.

Et alors, la 4DX ?

Félicité et bonheur de voir le cinéma renouer avec son origine foraine. Amusant de voir les vigiles sortir les resquilleurs qui n’étaient légitimement pas prêts à lâcher 20 € pour une séance.

Comme je m’y attendais, il y a une batterie d’effets et les concepteurs de séance essaient d’en caser un maximum pour en mettre plein la tronche. Subtilité : 0 – on attendra pour une utilisation plus pensée des outils mis à disposition.

Il y a plein de gimmicks sympas : les sièges qui vibrent quand le bus roule ; l’air frais à l’intérieur des vaisseaux spatiaux ; le siège qui se penche délicatement vers l’arrière quand la caméra est en vue de dos ou en contre-plongée ; le sang qui pleut sur vous à chaque tête coupée (inutile de préciser que c’était les grandes eaux pour cette séance).

L’odeur de forêt quant à elle est un peu couverte par celle du pop-corn du voisin et les projections de fumée ne sont pas très visibles dans la pénombre de la salle.

Le petit sifflement d’air derrière l’oreille pour chaque balle tirée finit par agacer. Les petits coups dans le dos à chaque personnage qui chute finissent par énerver (je suis pas venu ici pour souffrir OK ?). Les flashs à chaque tir de mitrailleuse lourde donnent carrément la nausée. Dommage, ça rend l’expérience éprouvante… Je me demande si finalement l’envie de confort ne primera sur l’immersion dans le futur du cinéma.

En tout cas, tout en étant content d’avoir pu tester la nouveauté, je n’ai pas vraiment envie de retenter une séance 4DX…

…ou alors au prochain vilain petit canard que j’aurais envie d’aimer et pour lequel je me dirais : « oh, ça va, tout ça n’est que du divertissement après tout ».