Écrans et interfaces au cinéma

La « suspension consentie de l’incrédulité », vous savez, c’est ce terme technique que votre petit cousin Kévin a entendu une fois chez Le Fossoyeur de films et qu’il vous ressort à toutes les occasions pour montrer son expertise critique. Alors qu’en fait, c’est une expression compliquée pour décrire quelque chose de tout simple, il s’agit juste de parler des trucs qui « font sortir » des films (un FX raté, un dialogue qui sonne faux, etc.).

Laissez-moi être votre petit cousin Kévin aujourd’hui pour vous parlez des interfaces dans les films parce que ce n’est plus possible !

Quand tu n’oses pas écrire le chiffre 4 dans le titre de ton film, c’est déjà le début des problèmes

Ce (magnifique) GIF est issu du film Le Transporteur : Héritage, navet s’il en est (voir ma critique sur SensCritique). On voit ici un bel écran de transfert de fonds de la Mediterranean Bank. C’est propre, le graphiste a bien bossé. Mais une banque qui permet de transférer 320 000 000 millions de dollar en un slide entre deux visages, perso, ça me sort direct du film.

Vous allez dire que je chipote… mais quelques secondes plus tard, voici ce que l’interface de notre hackeuse nous propose :

Une pop-up indiquant qu’un autre utilisateur est connecté suivi d’un plan du yacht du méchant (où se déroule l’action) avec un gros point rouge indiquant d’où vient l’intrusion. Comment le système a-t-il pu être conçu en anticipant un besoin aussi spécifique ? Comment, techniquement, peut-on tracker l’emplacement précis d’une connexion dans un bateau ?

On voit bien ici que le problème vient de la paresse du scénario avant toute chose. À la question « Comment la hackeuse retrouve l’origine de l’intrusion », question sans doute posée à un moment de la production, le film répond finalement yolo.

Mais le problème est plus large.

Les PowerPoint de l’Alliance rebelle

Les réalisateurs cherchent toujours comment transférer des informations complexes à un public que leurs producteurs souhaitent en général le plus large possible.

Or, utiliser une interface pour ça, c’est équivalent à insérer une présentation PowerPoint au milieu de ton film. Un tout petit peu gênant quand il s’agit d’un blockbuster d’action et pas d’un documentaire sur l’économie.

Car oui, cette facilité n’est pas l’apanage des séries B bâclés mais aussi de grosses productions.

Dans Star Wars, heureusement que les rebelles ont des graphistes du marketing dans leur rang pour leurs bricoler des PPT en urgence !

Même Han Solo a l’air sceptique !

Et les choses ne s’améliorent pas avec le temps !

Autre exemple dans Mission: Impossible – Rogue Nation où la combinaison de Tom Cruise est spécialement designée pour créer de la tension !

Que le personnage ait des indicateurs embarqués dans sa combinaison est une idée plutôt créative mais sa conception s’adresse directement au spectateur.

Alors doit-on sacrifier l’immersion au service de la compréhension ?

Les bons exemples

Et pourquoi pas avoir le beurre et l’argent du beurre ?

Regardons un instant du côté de la télévision, dans la série Mr. Robot, les créateurs, adressant des thèmes geek, ont cherché à tout prix l’authenticité (voir cette featurette en anglais sur la conception des interfaces de la série). Les écrans informatiques, réalistes et complexes, renforcent la froideur de la photographie et la confusion mentale du héros.

Si cet exemple reste pour moi la meilleur utilisation des interfaces à ce jour, je suis aussi conquis par l’utilisation des interfaces dans le film Avatar.

Le film servant de vitrine technologique aux lunettes 3D, il déploit de nombreux trucs et astuces pour tirer partie de la profondeur de champ. Ses interfaces holographiques habillent l’espace, ses affichages tête haute marquent la séparation entre la baie vitrée des cockpits et l’extérieur.

Enfin, le réalisme a parfois un prix. Par exemple, Google réclame un droit de regard sur l’utilisation de son moteur de recherche. Ainsi, une myriade de faux moteurs de recherche se sont déployés dans les films (vous pouvez même en tester quelques-un en ligne). Paradoxe à titre personnel : quelqu’un qui n’utilise pas Google devrait me sauter aux yeux comme quelque chose d’incohérent et pourtant ça ne me choque pas. Question d’habitude ?

Certains diront sans doute que je suis trop sévère avec des films de divertissement mais les bonnes pratiques récentes prouvent que l’on peut solutionner cette question en ajoutant de la force à son propos. Alors, pourquoi s’en priver ?

En espérant que cet article vous ait intéressé, je vous laisse avec la « fameuse » scène du jet-ski du Transporteur 4 pour vous remercier !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *